Le talent


Guest2026/07/26 11:33
Follow

Le talent

Certaines personnes sont gâtées par la vie, car la vie leur offre du talent tandis que d’autres n’ont rien. Ils doivent travailler beaucoup plus dur que les autres pour les égaler et encore plus dur pour les surpasser. Le travail d’une vie pour se mettre à leur côté.

Nous parlons souvent de l’injustice, de l’égalité ou même de l’équité, mais personne n’a jamais longuement parlé de l’injustice concernant le talent.

Mais… qui est le fautif, la vie ?

Certains diraient oui, c’est pour ça que l’on n’en parle pas assez, car on ne peut rien y faire.

Et si je vous disais que le fautif, c’est la société ?

Cela n’a jamais été la vie…

Oui, j’avoue, le talent est inné, mais la valeur que nous lui donnons, elle, ne l’est pas.

Le talent n’a jamais été une injustice en lui-même. Ce qui est injuste, c’est la place que nous lui avons accordée. Nous avons appris à admirer le résultat plutôt que le chemin, le don plutôt que les sacrifices. Nous applaudissons celui qui réussit sans effort apparent et oublions celui qui s’épuise dans l’ombre pour atteindre le même sommet.

Nous avons créé un monde où le talent vaut davantage que la persévérance. Un monde où l’on félicite celui qui comprend en une heure et où l’on se moque presque de celui qui a eu besoin d’une semaine. Pourtant, les deux sont arrivés au même endroit.

Nous avons décidé que la vitesse avait plus de valeur que le courage.

Mais tout le monde n’a pas eu la chance de naître avec un talent. Et tout le monde n’a pas eu la chance d’avoir la force de travailler jusqu’à le rattraper.

Nous parlons toujours des talentueux et des travailleurs, mais jamais de ceux qui ne sont ni l’un ni l’autre. Ceux qui cherchent sans jamais trouver. Ceux qui essayent sans jamais exceller. Ceux qui ne savent même pas ce qu’ils aiment.

Que leur reste-t-il ?

Nous vivons dans une société où chacun doit être quelque chose. Il faut avoir une passion, un rêve, un talent ou au moins un objectif. Il faut savoir répondre à la question : « Que veux-tu faire plus tard ? » comme si chacun était né avec une réponse gravée en lui.

Mais certains ne savent pas.

Et ils ont honte de ne pas savoir.

Nous regardons avec admiration celui qui sait dessiner, celui qui chante, celui qui court plus vite que les autres ou celui qui obtient toujours les meilleures notes. Nous encourageons celui qui travaille sans relâche jusqu’à atteindre ses objectifs.

Mais qui encourage celui qui est perdu ?

Qui félicite celui qui se lève chaque matin sans savoir où il va ?

Nous avons fait du vide quelque chose de honteux. Nous avons appris aux gens qu’il fallait être exceptionnel pour mériter leur place parmi les autres.

Alors ceux qui ne savent rien faire se taisent.

Ils sourient lorsque l’on parle de leurs passions alors qu’ils n’en ont aucune. Ils prétendent avoir des rêves lorsqu’ils n’en voient aucun. Ils applaudissent la réussite des autres tout en se demandant silencieusement ce qui ne va pas chez eux.

Ils se demandent pourquoi ils ne sont pas comme les autres.

Pourquoi rien ne les fait vibrer.

Pourquoi ils ne sont doués pour rien.

Puis, avec le temps, ils arrêtent même de chercher.

Car il est difficile de continuer à chercher quelque chose lorsque l’on ne sait même pas ce que l’on cherche.

La société ne pardonne pas le vide. Elle pardonne l’échec, car il signifie au moins que vous avez essayé. Elle pardonne la lenteur, car elle laisse espérer une arrivée. Mais elle ne pardonne pas celui qui ne sait pas où aller.

Il est mal vu de ne rien savoir faire. Il est mal vu de ne pas avoir de passion. Il est mal vu d’être perdu.

Alors certains finissent par croire qu’ils ne sont rien.

Le plus cruel dans cette histoire, c’est que nous ne leur laissons même pas le temps de se chercher. À seize ans, il faut déjà savoir quoi étudier. À vingt ans, il faut savoir quoi devenir. Et si vous ne le savez pas, alors les regards changent. On vous demande ce que vous faites de votre vie comme si ne pas avoir la réponse était une faute.

Comme si chacun avançait à la même vitesse.

Comme si chacun était destiné à trouver sa place au même moment.

Nous oublions que certains passent leur vie à chercher ce que d’autres ont trouvé depuis leur naissance.

Nous oublions que certains ne possèdent ni talent évident, ni passion dévorante, ni rêve extraordinaire. Ils existent pourtant. Ils vivent avec cette impression d’être en retard sur le reste du monde.

Ils regardent les autres avancer pendant qu’ils restent immobiles.

Ils regardent les autres être passionnés pendant qu’ils demeurent indifférents.

Ils regardent les autres être talentueux pendant qu’ils cherchent encore ce qui pourrait faire d’eux quelqu’un.

Alors ils finissent parfois par croire qu’ils sont vides.

Mais peut-on réellement être vide ?

Ou avons-nous simplement appris à mesurer la valeur d’un être humain à ce qu’il sait produire ?

On les critique souvent, mais à votre avis, eux n’ont-ils pas aussi envie de devenir quelqu’un ?

N’ont-ils pas envie de faire de grandes choses ?

Pensez-vous réellement qu’ils rêvent de rester perdus toute leur vie ?

On dit qu’ils sont flemmards et qu’ils n’essaient même pas de découvrir qui ils sont réellement, mais c’est faux.

Quel flemmard ne rêverait pas de faire ce qui le passionne ? Quel homme ne voudrait pas se lever le matin en sachant exactement pourquoi il se bat ? Qui ne voudrait pas être fier de lui-même en regardant son reflet dans un miroir ?

Ils le veulent aussi.

Ils veulent eux aussi rendre leurs parents fiers. Ils veulent eux aussi réussir. Ils veulent eux aussi pouvoir répondre avec assurance lorsque quelqu’un leur demande ce qu’ils veulent faire plus tard.

Mais ils ne savent simplement pas comment.

Ils sont perdus.

Et lorsqu’une personne est perdue, lui répéter qu’elle est perdue ne lui indique pas le chemin à prendre.

Alors, comment faire ?

Les traiter de flemmards est-il la solution ? Leur répéter sans cesse qu’ils ne font pas assez d’efforts les aidera-t-il à se trouver ? Les comparer à ceux qui ont déjà trouvé leur voie leur permettra-t-il d’avancer plus vite ?

Je ne le pense pas.

Nous sommes devenus très doués pour juger les gens, mais beaucoup moins pour les comprendre. Nous savons dire à quelqu’un qu’il a échoué, mais rarement lui apprendre à recommencer. Nous savons lui rappeler tout ce qu’il n’est pas, mais rarement lui montrer tout ce qu’il pourrait devenir.

Et si le problème venait aussi de nous ?

Nous demandons aux personnes perdues de trouver leur chemin seules alors que nous leur reprochons déjà de ne pas l’avoir trouvé.

Nous leur demandons d’avoir confiance en elles après des années passées à entendre qu’elles sont paresseuses, qu’elles ne font rien de leur vie et qu’elles finiront par échouer.

Comment voulez-vous qu’une personne croie en elle-même lorsque personne n’a jamais cru en elle ?

Certaines personnes ne manquent pas de volonté, elles manquent simplement d’un point de départ. D’autres ne manquent pas de talent, elles manquent simplement du temps nécessaire pour le découvrir.

Après tout, comment savoir ce qui nous passionne lorsque nous n’avons jamais eu l’occasion de l’essayer ? Comment savoir qui nous sommes réellement lorsque nous passons notre temps à essayer de devenir quelqu’un d’autre ?

Peut-être que certaines personnes ne sont pas en retard.

Peut-être qu’elles avancent simplement à leur propre rythme.

Nous avons fait croire aux gens que la vie était une course alors qu’elle ne l’a jamais été. Nous avons fixé un âge pour réussir, un âge pour savoir ce que l’on veut devenir et un âge pour accomplir de grandes choses.

Mais la vie ne regarde pas les horloges.

Certains trouvent leur passion à dix ans, d’autres à cinquante. Certains réalisent leurs rêves en quelques années tandis que d’autres mettent toute une vie à les construire.

Et aucun de ces chemins n’est moins respectable qu’un autre.

Peut-être que nous avons tort depuis le début. Peut-être qu’un homme ne devrait pas avoir besoin d’être talentueux pour avoir de la valeur. Peut-être qu’il ne devrait pas avoir besoin d’avoir une passion pour mériter le respect des autres. Peut-être qu’il a simplement le droit d’être perdu.

Car être perdu n’est pas un défaut.

C’est un état.

Et un état n’est jamais éternel.

Alors peut-être qu’au lieu de demander à une personne perdue pourquoi elle ne court pas, nous devrions commencer par lui demander si elle va bien.

Peut-être qu’au lieu de lui montrer ceux qui sont déjà arrivés, nous devrions lui montrer que son chemin existe lui aussi.

Et peut-être que le plus beau cadeau que l’on puisse offrir à quelqu’un qui ne sait pas encore qui il est, ce n’est pas de lui montrer ce qu’il devrait être, mais de lui laisser le temps de le devenir.

Peut-être que la véritable injustice n’est pas que certains naissent avec davantage que les autres.

Peut-être que la véritable injustice, c’est de faire croire à ceux qui sont partis avec moins qu’ils n’arriveront jamais quelque part.

Share - Le talent

Follow Guest to stay updated on their latest posts!

Follow

0 comments

Be the first to comment!

This post is waiting for your feedback.
Share your thoughts and join the conversation.